Des racines et des Ailes…
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4) Les écoles

Comme  chacun de vous mes amis, j’ai parcouru l’itinéraire scolaire des enfants de Nemours, jalonné de rires  de jeux et parfois de pleurs.
Mon périple débuta en 1951, à l’école maternelle située au bout du village près du souck et des anciens remparts de la ville.

Je me revois encore serrant fermement la main de ma mère ou de ma sœur qui m’accompagnait, attendant devant le portail fermé avec le souhait insensé qu’il le restât. Hélas, le tintement de la cloche qui précédait de peu son ouverture brisait tous mes espoirs et annonçait le début de mon tourment.
Je m’accrochais désespérément aux jupes de mon accompagnatrice, tentant de l’apitoyer à force de cris et de larmes. La douceur, les caresses de la directrice Mme CHARBIT et de l’une de ses collaboratrices Mme BORNE, n’y faisaient rien. Tant et si bien que craignant que j’en tombasse malade, on fut forcé de me ramener deux ou trois fois à la maison…Ce même scénario se répéta jusqu’au jour où mon père, excédé de cette situation, d’un coup bien appliqué sur les fesses, brisât net toute résistance.

Je me souviens des deux salles de classe, de leurs hautes fenêtres claires donnant dans la rue de Touent et par lesquelles s’échappait la mélopée des enfants qui récitaient à haute voix. Je sens encore l’odeur de la pâte à modeler et de la craie qui maculaient mes doigts. Je revois les petites bûchettes de bois avec lesquelles nous apprenions à compter, le préau résonnant des cris et rires des enfants, les classes promenade, pendant lesquelles nous gambadions dans un petit bosquet de pins, derrière la caserne . Nous y allions en passant par la porte de Nédroma.

Et cette petite fille brune au cheveux bouclés dont ma mémoire n’a hélas pas retenu le nom.  Elle m’a aidé à fabriquer une espèce de bonbonnière en carton et en raphia rouge et vert. Mes doigts mal habiles n’arrivaient pas à bout de cette tâche. C’était l’un de ces cadeaux de fête des mères, aussi laids par leur aspect qu’attachant par tout l’amour qu’ils révèlent. Elle a trôné quelques temps sur le poste de TSF, dans la salle à manger de mes parents pour un jour disparaître, discrètement, sans qu’on la remarque, sinon quelques années plus tard, lorsqu’on se souvient et qu’on se demande : "Tiens ! qu’a bien pu devenir cette bonbonnière ?" 
Question demeurant à jamais sans réponse et vite oubliée.

Ma carrière d’écolier se poursuivant, j’ai fréquenté quelques temps l’ex « École des filles » devenue mixte par la force de la poussée démographique et qui occupait un immeuble abritant à la fois l’hôtel de ville dans sa partie donnant sur le boulevard Gambetta et le commissariat de police sur son aile Ouest. Les classes, sur deux niveaux, entouraient une cour rectangulaire où nous nous ébattions. L’entrée principale, fermée par un portail de bois, donnait sur la rue de Touent, face à l’hôpital. Les coulisses, si j’ose dire, donnaient par une porte plus discrète, sur le côté, dans la rue où se situait le cinéma. C’était par là que les retardataires dont j’étais parfois, arrivant après que le portail principal fut fermé, devaient affronter les foudres de la directrice. Dans cette cour j’ai appris entre autres choses à jouer aux billes, à faire tourner ces fameuses toupies de bois, à lancer les noyaux d’abricots pour gagner des images qui n’avaient rien de pieux.

J’ai participé aux folles batailles de chevaux où ceux qui faisaient les cavaliers montés sur le dos de  ceux qui faisaient les destriers,  en de sauvages empoignades tentaient de se renverser les uns les autres. J’ai été initié aux subtilités des jeux d‘osselets, de la marelle, du ballon prisonnier etc. .A ma grande confusion j’ai peu de souvenirs de mes professeurs d’alors, oublieux de leurs visages et de leurs noms  sauf de l’un d’entre eux. C’était pendant les années 56 ou 57, alors qu’une certaine politique d’intégration  avait préconisé l’enseignement de l’Arabe aux petits écoliers d’Algérie . Je me souviens du professeur, on disait alors : le modéres (prononcer modéresse). C’était un petit homme brun frisé avec une moustache impeccablement habillé d’un costume européen et qui  venait directement de sa Medersa pour nous inculquer son savoir. Le pauvre homme ! Tout gamins que nous fussions, le peu d’intérêt que portaient nos parents et le corps enseignant à cette discipline ne nous avait pas échappé, et un brouhaha et une agitation abominables secouaient la classe pendant que le professeur, qu’il nous pardonne, s’appliquait à exposer son cours. Aussi, nous récitâmes l’alphabet Arabe : Alef, Bhâ etc.. pendant un an. Nous ne pûmes jamais dépasser ce stade et, à mon avis, le résultat fut si probant que nous n’entendîmes plus jamais parler de cette expérience.

Le temps que j’eusse assimilé toutes ces disciplines, le nouveau collège d’enseignement secondaire fut achevé. C’était un édifice blanc d’allure moderne constitué d’un long bâtiment à deux niveaux jouxtant deux grandes cours séparées par un petit immeuble qui abritait les familles des enseignants. Il était situé à l’ouest, au bout de la ville, longeant l’oued où poussaient les ricins. Doté des derniers perfectionnements, il abritait une salle de cinéma, un laboratoire, une bibliothèque etc. Je fréquentais, un an ou deux, la cour des primaires puis j’entrais dans la cour des grands, la cour des secondaires.

Chers professeurs, je cite de mémoire : Madame Eyries, messieurs, Ferrer, Reichenbach, Ibanez et pardon à tous ceux dont j’ai oublié les noms. Merci de m’avoir initié à la magie des mots, aux mystères des nombres et aux splendeurs de l’univers. Merci de m’avoir ouvert les yeux sur les beautés de ce monde, de m’avoir rendu capable de distinguer le bien du mal pour adorer l’un et exécrer l’autre. Merci de tout ce savoir que vous avez tout au long de ces années instillé en mon esprit et qui me permet aujourd’hui de vous porter hommage.

Et vous tous mes camarades d’alors, Claude COHEN, René BANOUN, Patrick LLABADOR, et ceux dont j’ai oublié les prénoms, Touati, fils du boucher et mon voisin, Gilles, Bensoussan, Gomez, Salah, Lahcen, Belabbes, etc. vous tous qui  avez partagé ces merveilleuses années d’enfance Merci, mille fois Merci  pour tous ces souvenirs

Clément

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