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La sardine et l'anchois furent longtemps les poissons pêchés
au large de Nemours-Ghazaouet par les lamparos et sardiniers mouillant à
la darse des pêcheurs. Au coucher du soleil, la sortie des bateaux de pêche
était un spectacle de haute facture. Au petit matin, lorsque la flottille
était de retour, après toute une nuit en mer, accompagnée par une nuée
de mouettes plongeant sur les poissons jetés par les marins-pêcheurs,
lors du tri et de la mise en caisse, les quais fourmillaient de monde :
les badauds inconditionnels à la sortie et rentrée des pêcheurs, mais
également les professionnels, les patrons et les promeneurs du
Brise-Lames. |
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La criée appelée communément « la pokha » suivait
pour vendre ces tonnes de sardines, d'anchois aux mareyeurs venant
de toute la région, avec leurs camions, mais surtout aux patrons
d'usines, conserveries de sardines, d'anchois. Tout allait si vite dans
cette activité matinale aux relents poissonneux où l'odeur de la mer
dominait. Belmonte, Papa Falcone, Falcone Frères, Bouhana, Bastide, Galano,
Giordano et d'autres chefs d'entreprises de salaison encore s'offraient la plus
grande partie de la production qu'ils transformaient aussitôt.
Dans leurs unités de salaison attendaient des centaines d'hommes, de
femmes, des jeunes que le poisson soit livré.
A peine, les anchois déversés sur de grandes tablées, les ouvriers à
la journée, « à la corbeille » pour les étêteurs et « à la
bordelaise » pour les saleurs, attaquaient le travail. Les déchets étaient
chargés dans de gros camions qui prenaient la route de Sidi Amar , avec
de longues traînées de saumure et d'eaux.
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Les routes continuaient à sentir le poisson même après
le passage de la voiture-laveuse de la municipalité dans la rue qui longe
le port. Les journées étaient longues lorsque la saison était féconde
.
Plus tard, des bordelaises prennent la direction du port, cette fois, à
partir des moles situés dans le port de commerce, elles allaient prendre
la route de l'Europe, où la plus grande partie de la production d'anchois
salés était écoulée. Nemours était réputé pour ses anchois, ses pêcheurs
étaient des hommes d'expérience.
Une École d'Apprentissage Maritime, située face à la villa ou château
Llabrador avait un rayonnement régional.
De Béni Saf, Oran, Mostaganem, les apprentis pêcheurs
venaient apprendre les nœuds, la navigation, et obtenir leur fascicule de
pêcheur pour embarquer sur un sardinier et parfaire leur apprentissage
aux côtés d'hommes de métier.
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La production halieutique était le thermomètre de la
ville. Une bonne saison signifiait un bon pouvoir d'achat puisque les
marins percevaient des parts juteuses, certes plus conséquentes pour les
Raïs ou capitaines-pêcheurs et plus encore pour les patrons.
Dans la darse, flottaient des barques aux noms divers, des prénoms
signifiants pleins d'évocation.
Les remailleurs raccommodaient alors les filets déchirés avant de les
hisser à bord pour qu'ils soient fin prêts pour la sortie suivante. Le
soir, les pêcheurs avaient l'œil rivé sur le ciel, ils attendaient que
le vent baisse avant de s'aventurer, tous les jours de la semaine, en
haute saison, vers le large de Nemours et de la côte qu'ils connaissaient
comme leur village.
Parfois, la mer, telle une ogresse, leur prenait des copains, mettant en
deuil toute une population .C'étaient les risques du métier mais
l'harmonie existait quand même entre cette mer exigeante, féconde et généreuse
et ces hommes courageux bravant vents et marées pour ramener la sardine,
l'anchois et la bônite à toute une ville fière de ses pêcheurs. |
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Enfants, nous avons humé cette atmosphère, adultes,
nous pouvons dire que nous ne l'avons point oubliée, des souvenirs rejaillissent
des tréfonds de nos mémoires, il est vrai que la pêche à Nemours-Ghazaouet
est un savoir-faire remarquable, reconnu.
Khaled Sidhoum
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